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Interview championne boxe Cynthia Lauvergeon
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Interview d’une championne pas comme les autres!

Avec cette interview, j’avais envie de donner la parole à une sportive de haut niveau qui a un profil attypique.

À la lecture de ses réponses, je comprends l’impression que j’ai eu la première fois que nous avions échangé. Cette impression était que Cynthia est pleine de capacités et de possibles. Qu’elle en a fait une force, inconsciemment.

Je vous laisse découvrir cette championne pas comme les autres.

Peux-tu te présenter?

Je m’appelle Cynthia LAUVERGEON, je suis actuellement Journaliste Reporter d’Images pour une chaîne de TV Internationale.
Forte d’un parcours atypique (on dirait une lettre de motivation hahaha), j’ai commencé des études en journalisme à l’âge de 26 après l’obtention plus jeune d’un BTS Commerce International. A 34 ans, j’ai choisi de m’orienter vers le coaching de vie tout en souhaitant conserver un pied dans le journalisme… l’avenir me dira si cela est possible !

Ton sport de prédilection? Comment et pourquoi tu es arrivée dans ce sport?

Mon sport de prédilection est bien évidemment la boxe. Je parle d’évidence car la première fois que j’ai enfilé une paire de gants a été pour moi une révélation…
J’ai pratiqué la danse hip hop pendant 6 ans et à l’âge de 22 ans, une amie issue de ce milieu m’a proposé de m’initier à la pratique du Kung Fu Sanda étant elle-même membre de l’équipe de France de cette discipline.
J’ai toujours aimé découvrir alors j’ai accepté immédiatement sans réfléchir.
Lors de ma première séance, l’entraîneur m’a demandé de venir le voir à la fin du cours, c’était pour me proposer de commencer la compétition, chose qu’il n’avait jamais proposée de façon aussi précoce.

J’ai toujours aimé les défis alors j’ai accepté immédiatement sans réfléchir… en lui précisant quand même que je ne savais pas mettre un coup de pied ! Une fois ce défi en tête, j’étais tous les jours au dojo à me surpasser pour atteindre le niveau des meilleurs de la salle. On s’est alors moqué de moi et de ma souplesse, on a essayé de me dissuader mais je me nourrissais de ces invectives pour renforcer ma détermination…
J’ai obtenu le titre de Championne de France en série B dès ma première année de compétition 🙂 Une fierté aujourd’hui.

Peux-tu nous parler de ton expérience dans la boxe?

J’ai ensuite été convoquée à plusieurs stages de l’équipe de France de Kung Fu, ne perdant pas mon objectif de battre la meilleure de l’équipe qui était ma concurrente.
Je me suis inscrite au Taekwondo et à la boxe anglaise afin de perfectionner mes techniques de poings et de pieds. J’ai pratiqué les 3 disciplines pendant une saison. Reprise d’études oblige, j’ai dû faire un choix et encore une fois sans réfléchir véritablement la boxe m’a semblé comme une évidence…

À 25 ans, je commence donc la pratique du Noble Art, cet art pour lequel, petite, je me souviens avoir vu mon père, tout donner devant la TV pour soutenir un Mike Tyson sur le ring, une tornade qui impressionnait tout le monde à l’époque.

 

 

Comment tu te sens quand tu boxes?

Je me sens particulièrement bien mais mon cerveau est souvent en surchauffe car il y a énormément de paramètres à gérer en compétition ou lors d’un test match.
Je prends autant de plaisir à boxer avec des loisirs qu’avec des compétiteurs.
Je me sens aussi déconnectée au monde qui m’entoure, il n’y a que le plaisir de souffrir et repousser mes limites qui comptent… le temps est comme figé.

Comment te préparais-tu aux matchs ou compétitions? (seule ou avec un staff).

J’avais une grosse préparation physique avant chaque échéance. Les grosses échéances se préparent des semaines à l’avance et puis finalement durant une saison nous sommes toujours plus ou moins prêts physiquement si l’on est sérieux et régulier.
La dimension mentale est, pour ma part, un point que j’ai longtemps ignoré et sur lequel on n’a jamais vraiment pris le temps, même au plus haut niveau malheureusement…

Teddy Riner a démocratisé la préparation mentale avec sa psy Meriem Salmi mais ce n’est pas une évidence pour tout le monde et l’orgueil joue son rôle aussi à nous dissuader d’entreprendre une prépa, on se dit souvent ” c’est pour les faibles” et c’est là le piège à mon sens…

Aujourd’hui, je réalise que mes résultats sportifs auraient pu être bien différents avec une préparation mentale surtout pour un sport comme la boxe…

Qu’est-ce que cette vie de sportive de haut niveau t’a apporté dans la vie ?

Cette vie de sportive à haut niveau m’a totalement transformée. Pourtant je suis passée par des moments difficiles sur tous les plans : physiquement, mentalement, socialement, intellectuellement…

On est loin de se douter de la quantité de sacrifices qu’un athlète doit faire pour atteindre ses objectifs. Ça nous donne moins de temps pour tout… Pour lire, s’informer, sortir avec ses amis… Cela a été davantage difficile pour moi car j’ai dû mettre entre parenthèses ma toute jeune carrière professionnelle dans le journalisme.

Le haut niveau m’a aussi appris à accepter les choses comme elles viennent et comme elle sont. Je relativise beaucoup plus aujourd’hui et paradoxalement je suis moins exigeante envers moi même, même si je le suis toujours (haha).
En d’autres termes, ça m’a appris à lâcher prise et à comprendre que souvent il faut passer par des échecs pour s’accomplir.
Cette vie sportive pro m’a également appris la remise en question essentielle pour pouvoir s’accomplir et avancer. Cette vie m’a apporté bien des choses positives au-delà des simples titres…

 

Que penses-tu qu’il puisse manquer aux sportifs de haut niveau pour être sereins? Préparation mentale? Accompagnement émotionnel? Ou autre?

Je pense qu’en France il manque pas mal de choses pour encadrer efficacement les sportifs de haut niveau et les rendre performants.

En effet, nous n’avons pas de culture sport et bien des athlètes sont contraints de mener des doubles vies afin de pouvoir payer leur loyer. Tous les sports ne sont pas concernés mais ce sont la majorité à commencer par la boxe.

Ces doubles journées sont épuisantes et agissent sur la performance. Je dirais donc déjà être rémunéré pour représenter la France serait un grand soulagement pour beaucoup.

La préparation mentale m’a manquée car nous avions un entretien avec une psy une fois tous les 3 mois, ce qui est quasi inutile. Elle voit des dizaines voire centaines d’athlètes de l’INSEP et nous apporte des réponses un peu trop généralistes à mon goût.
Surtout que la prépa. mentale a fait ses preuves dans beaucoup d’autres pays et est même démocratisée. Ce qui n’est pas encore le cas en France !

Niveau sport, on est en retard sur énormément de choses à commencer par les préparations physiques. Enfin ça c’est encore autre chose…

Parfois, on se sent seul même si notre famille ou nos amis sont là pour nous écouter, ils ne comprennent pas vraiment tous les tenants et les aboutissants. Les préparateurs mentaux sont géniaux pour ça, c’est fluide, ils savent nous écouter et apporter des solutions.
J’aurais aimé bénéficier d’un accompagnement émotionnel car je suis émotive et je n’ai pas su gérer mes émotions en sport : quand elles sont positives c’est bien, quand elles sont négatives, c’est autre chose…

Concernant ta position de femme dans le milieu de la boxe, comment l’as-tu vécue?

A vrai dire, je n’ai pas eu de problèmes en étant une femme dans la boxe voire même je n’ai jamais ressenti de différence de part le fait d’en être une. En tous cas, pas dans les clubs de boxe que j’ai fréquenté.

Il y a bcp d’idées reçues sur cette discipline mais les femmes trouvent toujours leur place croyez moi et surtout je le dis souvent on en pousse jamais la porte d’un club de boxe par hasard. Généralement ces femmes là ont du caractère !

En revanche, j’ai constaté des inégalités entre les hommes et les femmes au sein de l’équipe de France…

Ton plus grand bonheur en tant que boxeuse ?

Mon plus grand bonheur est d’être aujourd’hui la fierté de mes neveux et nièces, le bonheur d’être félicitée pour mon parcours, le bonheur d’avoir rencontré des gens extraordinaires, le bonheur d’avoir acquis une confiance en moi.
Je suis heureuse car j’ai commencé la boxe sans grande ambition, je voulais juste boxer car ça me faisait un bien fou. La passion et mon caractère m’ont emmenée au plus haut niveau et ça restera l’une de mes plus grandes fiertés, oui.

Ton pire souvenir ?

Celui d’avoir perdu une finale des championnats de France alors que j’étais favorite et que je voulais raccrocher les gants après ce succès…
Prendre le titre et ma retraite mais Dieu en a voulu autrement. Cependant, quand je vois aujourd’hui où j’en suis, je comprends pourquoi les choses se sont passées comme ça…

Ton plus grand regret?

Celui de ne pas avoir assez cru en moi et de m’être laissée envahir par les remarques des autres…

Ta plus belle capacité mise en œuvre ?

Ma plus belle capacité a été de ne jamais fuir, toujours affronter que ce soit une adversaire plus forte ou la réalité, je ne fuis jamais…

Si tu devais faire quelque chose différemment, qu’est-ce que ça serait et comment ferais-tu ?

Si je devais faire quelque chose différemment, ce serait de ne pas interpréter les paroles ou comportements des autres.
Et surtout de ne pas prendre tout personnellement, cela m’a porté défaut et m’a parfois même empêchée de boxer à cause des énergies négatives.

Ton « conseil » à un sportif ou un staff sportif?

Un conseil à un sportif : “Fais les choses avec le coeur mais surtout fais les choses pour toi !”
Un conseil à un staff sportif : “Créez une bulle dans laquelle l’athlète peut se réfugier en cas de besoin.”

 

Voilà, cette interview est fabuleuse à mon sens.
Je remercie chaleureusement Cynthia pour sa transparence et pour ce partage.

J’espère que cette lecture a été aussi riche pour vous que pour moi!

Amicalement,
Saliha.

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